Depuis le 13 novembre et jusqu’au 3 décembre, un exercice militaire d’ampleur s’organise à Sissonne et sur les camps de Champagne (Mourmelon, Suippes et Mailly-le-Camp), prisés pour leurs vastes étendues et leurs terrains de manœuvre. Nom de code de l’opération : BIA23 (Brigade interarmes 2023), en lien avec le projet d’armement Scorpion, comme synergie du contact renforcée par la polyvalence et l’infovalorisation. L’objectif de la 6e BLB (Brigade légère blindée), qui pilote l’expérimentation avec l’aide de six de ses régiments, est de déployer une brigade numérisée intégrant le programme Scorpion. Une centaine de militaires s’active depuis le poste principal de commandement, installé à Mourmelon, pour faire le lien avec toutes les unités réparties sur le secteur. Cartographie en temps réel, échange, traitement et analyse de messages, de données GPS et d’images numérisées, cyberprotection, etc. Rien n’est laissé au hasard. « Cet exercice s’inscrit dans une représentation fidèle à ce que serait notre engagement en zone de combat, précise le général Valentin Seiler, à la tête de la 6e BLB. On est sur une expérimentation réaliste, à une échelle volontairement plus grande, d’environ un quart. On doit connaître la situation sur le terrain et l’évolution des forces ennemies, elles aussi matérialisées par des soldats, pour optimiser nos prises de décision. »

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CAMOUFLAGE THERMIQUE ET RÉSEAUX SATELLITAIRES

En 2021, un premier régiment dit « numérisé » a été testé avec des véhicules blindés de type Griffon en Afrique. « Ça a été un succès, rappelle le colonel Lionel, de la section technique de l’Armée de terre, basée à Versailles. On vise l’échelle de la brigade en 2023, puis une intégration complète du système à l’échelon multinational en 2027. L’exercice a nécessité deux ans de préparation. On en profite pour éprouver de nouvelles technologies en matière de camouflage thermique et visuel, par exemple, ou encore de réseaux satellitaires. »

« ON S’APPUIE SUR UN SCÉNARIO DE HAUTE INTENSITÉ »

Pour rappel, en juillet, l’Assemblée nationale adoptait la nouvelle loi de programmation militaire dans sa version finale, avec à la clé un budget de 413 milliards d’euros de 2024 à 2030. De quoi financer le renouvellement des capacités de défense et d’armement du pays face au contexte international qu’on connaît. « Ce qui se passe à l’Est n’a pas directement influencé l’exercice, mais il entre forcément en compte, précise le général Seiler. On s’appuie sur un scénario de haute intensité, où l’on pourrait être confronté à une brigade mécanisée adverse similaire à la nôtre. »

LES PREMIERS GRIFFON ET JAGUAR NOUVELLE GÉNÉRATION ÉPROUVÉS À MAILLY-LE-CAMP

De part et d’autre de Mailly-le-Camp, ce scénario permet d’éprouver plusieurs modèles de véhicules blindés de transport, de reconnaissance et de combat dits Griffon VOA et Jaguar. « Nous sommes le premier régiment opérationnel à avoir été doté de Jaguar nouvelle génération il y a un an, précise le capitaine Maxime, commandant d’unité au 1er Régiment étranger de cavalerie (Rec). 13 de ces modèles sont utilisés pour cet exercice tactique. Ils pèsent 25 tonnes, contre 17 chez leurs prédécesseurs, et sont beaucoup plus silencieux. » Ils offrent également des capacités d’observation démultipliées grâce à des caméras et des capteurs qui permettent une vision à 360°, ainsi qu’une mitrailleuse de 7,62 mm tournant indépendamment de la tourelle. « Ils peuvent rouler à 90 km/h sur route, 50 ou 60 km/h sur terrain accidenté. » Les Griffon VOA, quant à eux, sont testés et manoeuvrés par le 3e Régiment d’artillerie de marine (Rama) de Canjuers, dans le Var. « On vient de recevoir ce dernier modèle, dont la caméra laser permet une visibilité à 14 km et une acquisition de données et de renseignements dès 8 ou 10 km », détaille le lieutenant Antoine, spécifiquement rattaché à la batterie d’acquisition et de surveillance du 3e Rama. Avec un enjeu global de taille : s’assurer de la bonne coordination entre le système d’informatisation conçu pour Scorpion, ces engins et leur pilotage en conditions de conflit.